Des militants CGT-RATP invitent à tirer les leçons du mouvement de novembre 2007
Sections syndicales CGT Bus de Croix Nivert, Flandre, Charlebourg, Point-du-Jour, Saint-Maur, Thiais, CGT MRB de Croix-Nivert
Aux adhérents des syndicats CGT de la RATP
Le rapport de force existe toujours pour défendre notre régime de retraite et rejeter les décrets du gouvernement, à condition de
rompre avec la stratégie d’accompagnement des directions de la CGT
Notre entreprise RATP a connu cet automne un mouvement de très grande ampleur contre la remise en cause de notre régime de retraite, comme à
la SNCF et à EDF-GDF. Sur plusieurs aspects, la mobilisation a dépassé celle de 1995. La journée de grève du 18 octobre a montré l’opposition largement majoritaire de toutes les catégories de
personnels.
La grève de novembre a été interrompue (22/23 du mois) à la suite de l’acceptation unilatérale par la direction confédérale de la CGT, par
la voix de Bernard Thibault, par les directions fédérales et en ce qui nous concerne par la direction de l’Union CGT-RATP, de l’ouverture de négociations, entreprise par entreprise, avec les
directions des entreprises et le gouvernement.
Les agents ont aujourd’hui tous les éléments pour apprécier le résultat des négociations depuis la publication des décrets le 16
janvier.
Sur tous les points inacceptables qui ont motivé notre lutte, le projet du gouvernement n’a pas bougé : allongement de la durée de
cotisation, indexation des pensions sur les prix, instauration d’une décote. Sur ce dernier point, la sanction pour les salariés s’est encore aggravée : contrairement aux premières annonces,
le mécanisme de la décote continuera à s’alourdir après 2014 pour atteindre 5% de pénalité par annuité manquante en 2019.
La question de la prise en compte de la pénibilité, notamment des départs anticipés, et de l’établissement d’un double statut a été
reportée aux négociations nationales dans le secteur privé. Vu la situation dans le privé, cela signifie que le point de départ des négociations pour les agents de la RATP est la remise à plat de
tous nos avantages spécifiques. Ils devraient au contraire être un point d’appui pour tirer l’ensemble vers le haut.
Dans ces conditions, qu’on ne s’étonne pas du peu d’enthousiasme des salariés à donner « un avis pour l’avenir » en répondant à
la consultation organisée par l’Union, bien qu’elle l’ai prolongée jusqu’au 15 mars. Les quelques miettes laissées par la direction de l’entreprise, « compensations » dérisoires et
illusoires, ne peuvent masquer le véritable bilan des négociations.
Les « négociations » ont permis au gouvernement de désamorcer le mouvement et de faire passer intégralement son projet
jusqu’à présent.
Contre la poursuite de la casse de nos statuts, contre la privatisation de la RATP, il est capital pour l’ensemble de la CGT de tirer
les leçons de cet épisode.
C’est urgent. L’agenda anti-social de Sarkozy est plein dès le lendemain des élections municipales. La bataille « suspendue »
pour nos retraites aurait toutes les raisons de reprendre dans la perspective de gagner.
Les décrets sur les régimes « spéciaux » doivent être applicables au 1er juillet.
La deuxième étape de la loi Fillon de 2003, avec le passage à 41 annuités pour tous, est prévue pour le 2ème trimestre 2008. Le
texte des décrets RATP et SNCF l’intègre déjà. Une nouvelle loi contre les retraites est annoncée pour l’été.
La question du double-statut va être posée à nouveau de façon imminente avec la fin des « négociations » sur la pénibilité dans
le régime général.
La privatisation rampante et l’attaque contre nos conditions de travail s’intensifient.
Parallèlement, de nouvelles attaques sont prévues contre le contrat de travail et l’assurance maladie, contre le secteur public dans
toutes ses composantes.
Comme cela a toujours été le cas, les agents de la RATP, de la SNCF, d’EDF-GDF devraient être en première ligne des luttes contre ce
programme de casse social. Le pouvoir ne s’y trompe pas en multipliant les tentatives d’intimidation avec le « service minimum » ou bien les sanctions infligées aux grévistes. C’est
plus que jamais la responsabilité historique de nos syndicats CGT d’organiser ce mouvement dans l’intérêt des salariés de nos entreprises.
Mais, trois mois après la grève, nous faisons le constat d’une grave crise de confiance des syndiqués CGT vis-à-vis des directions
syndicales et des salariés vis-à-vis du syndicat lui-même. Certains ont le sentiment d’avoir été trahis.
C’est très grave pour l’avenir alors que comme toujours, les militants CGT dans les sections, sur la base de ce que représente leur
syndicat dans l’histoire des luttes à la RATP, ont joué le rôle déterminant dans la mobilisation, notamment lors des assemblées générales.
La question que se posent nos collègues, nos camarades, ceux qui sont le fer de lance des luttes à la RATP est celle-ci : comment
les directions des organisations syndicales et singulièrement celles de la CGT ont-elles pu accepter de rentrer dans le jeu du gouvernement ?
En acceptant des négociations, entreprise par entreprise, les directions syndicales ont renoncé à contester les dispositions
générales décidées en dehors.
En acceptant de négocier dans le « cadrage » du gouvernement, les directions syndicales ont renoncé à combattre la remise en
cause des quatre piliers fondamentaux de notre régime, dont la défense était l’objet de notre lutte.
En acceptant l’étalement des négociations dans le temps, en incitant à la suspension du mouvement, les directions syndicales ont ôté tout
moyen de pression aux salariés.
Dans ces conditions, avec cette stratégie, le résultat des négociations était couru d’avance !
Une tout autre conduite du mouvement s’imposait !
Le refus des directions syndicales de s’engager dans un mouvement reconductible après le 18 octobre, laissant trois semaines au pouvoir,
était déjà difficile à admettre. Tout au long de la grève, les annonces de la direction confédérale ont pris les militants à contre-pied.
Les syndiqués avec leurs sections syndicales et les assemblées générales n’ont pas donné de mandat aux directions syndicales CGT pour
rentrer dans les négociations. Au syndicat CGT/Bus, le principe des négociations « tripartites » avait été rejeté par la commission exécutive. La base de négociation était à l’opposé de
la résolution du congrès de la CGT-Bus, adoptée le 16 octobre, comme de la position actée par l’Union CGT RATP le 24 octobre, rejetant toute remise en cause des quatre piliers fondamentaux de
notre régime de retraite.
Des conditions objectives existaient pour déployer une stratégie de lutte avec l’objectif de faire capoter le projet de
décret.
Pour qui a gardé l’expérience de novembre/décembre 95, le mouvement ne s’essoufflait pas et disposait de grandes réserves dans
l’entreprise et au-delà.
Les conditions favorables à de grandes convergences de lutte avec d’autres secteurs se développaient. Pourquoi ne pas avoir cherché
à s’appuyer sur elles pour renforcer le mouvement ?
Nous n’avons cessé de faire progresser l’idée de la nécessaire solidarité de l’unité des salariés en établissant le lien entre la casse
des régimes spéciaux et la nouvelle étape du démantèlement de l’ensemble de la retraite par répartition. La revalorisation des retraites générales, de 1,1%, dramatiquement en dessous de
l’inflation officielle (2,8%) a conforté notre démonstration.
Il y avait toutes les raisons de continuer à défendre la revendication du refus de tout allongement de la durée de cotisation et des
37,5 annuités pour tous.
La campagne de propagande pour dénigrer le service public n’avait pas réussi à tourner l’opinion publique contre la grève. L’union s’est
réalisée naturellement lors des manifestations massives du 20 novembre des agents de la fonction publique, y compris avec le mouvement des universités.
Le désaveu de la stratégie des directions s’est vérifié par la journée de grève avortée du 12 décembre.
Il n’est pas possible d’aborder la période de mauvais coups qui s’annonce et les nécessaires luttes à construire sans remettre en
question, le plus largement possible dans tous nos syndicats de la RATP, la stratégie appliquée par l’Union et les directions exécutives de chaque
syndicat.
Nous ne pouvons plus nous permettre que ce débat soit éludé.
La stratégie d’accompagnement a fait la preuve de son incapacité à riposter à l’attaque gouvernementale comme de sa faculté de
démobilisation des salariés et des syndiqués.
Le choix de la recherche à tout prix de l’unité des organisations syndicales s’est à nouveau révélé contradictoire avec le rassemblement
des salariés dans la lutte.
Représentant nos sections syndicales, nous jugeons qu’une rupture est indispensable avec cette ligne comme avec ces pratiques de
directions.
Aussi, nous appelons tous les syndiqués CGT de la RATP à intervenir pour :
-
exiger de pousser l’analyse du mouvement de cet automne à tous les niveaux
-
pour interpeller les directions exécutives
-
pour préparer section par section les conditions d’une reprise de l’action syndicale pour mettre en échec
la suite des projets du gouvernement et de la direction de l’entreprise.
La CGT RATP appartient à ses adhérents et non à ses dirigeants !